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Bonjour à tous,
Ceci n'est pas une revue.
...Tiens, ça me fait penser, je me demande si Magritte aurait pu donner la légende bien connue à son tableau également bien connu, s'il avait vécu de nos jours. Avec tout ce qu'on entend...
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Mais je m'égare, de quoi parlait-on déjà ? Ah oui, la Steinhart Ocean 39 vintage GMT.
Et donc, à la demande générale de l'un d'entre vous en particulier, je vais vous parler de cette fameuse Ocean 39. Mais autant vous le dire tout de suite, les photos de la morkitu, ce n'est pas ma tasse de thé. Au demeurant, il y a tout ce qu'il faut sur le site de la marque. https://www.steinhartwatches.de/en/diver-watch/ocean-39-vintage-gmt-premium-blue-red-keramik.html
Moi, je vais vous parler de trois choses : pouquoi Steinhart ; sur l'implémentation de la fonction GMT et certaines de ses variantes ; et enfin de mon retour d'expérience, sachant qu'il n'y a que le dernier point qui vous intéresse vraiment (mais si, allons !...)
Et donc, pourquoi Steinhart ? En fait, la question de fond est de prendre un peu de recul sur ce qu'on achète : une prestation, une image sociale, un placement spéculatif, un vieux rêve, etc. Je fais partie de ceux dont la libido horlogère a fortement diminué, doux euphémisme, depuis quelques années. Les causes en ont été longuement disséquées sur ce forum, je n'y reviens pas. Sinon pour dire que si M.M. Roléga, Breitlex et autres Zenudor se sont pris la grosse tête, ils sont majeurs et vaccinés, et je pars du principe qu'ils ont orienté leur gamme (et leurs tarifs) en connaissance de cause. C'est juste que le gros machin vulgaire et au tarif hors sol, ça ne me concerne pas, c'est tout (que sont nos Rolex 5 chiffres et autres Oméga d'antan devenues ?). Au passage, je ne discuterai pas non plus de l'explosion des prix affichés sur le vintage de certaines marques. On peut le regretter, on peut râler sur les spéculateurs, mais c'est comme ça. Après, on joue ou on ne joue pas, c'est tout.
C'est là qu'intervient cette fameuse Steinhart. Pour une raison simple : la qualité est irréprochable, et le rapport qualité / prix totalement bluffant. Au point qu'il est tout-à-fait légitime de la comparer à une 116710, 12 fois plus chère (rien qu'au prix catalogue) car, en termes de prestations objectives, on boxe vraiment dans la même catégorie. En fait, la Steinhart doit se comparer à la fois à une 1675 et à une 116710. A la 1675 pour le style, et à la 116710 pour la fabrication.
En bref, l'Ocean 39, c'est quoi ? C'est une GMT sport, étanche à 300m, de 39mm (merci !) avec un entrecorne de 20mm, cadran mat (merci !), index peints (merci !), littérature sobre (merci !), rehaut non gravé (encore heureux), couronne non protégée, cornes fines, bracelet Oyster brossé, BD en acier massif (merci, etc.), le tout d'une qualité de finition vraiment irréprochables. Ajoutons un saphir bombé, une lunette en céramique (!) avec index luminescents, un fond saphir donnant accès visuel à un 2893-2 en finition premium, eh ben là on aurait bien quelque chose qui ressemble de près à la totale.
Au déballage, il y a deux choses qui frappent : la qualité perçue, et la grosse couronne genre Black Bay qui fait d'autant plus décalée que celle des Rolex est plate (en 4 et 5 chiffres en tout cas). En regardant un peu plus dans le détail, il y a la couleur des index ("old radium", dixit) qui fait également un peu bizarre mais on s'y fait vite. La pointe de l'aiguille GMT est un peu petite, chouette, j'ai trouvé un défaut ! Les couleurs de l'insert sont subtilement différentes : le rouge tire un peu sur l'orange, et le bleu vers le "blue navy". Globalement, l'harmonie des couleurs est très plaisante, avec une tonalité générale chaude contrastant avec le visuel beaucoup plus froid de la cousine à la couronne. Au total, même si l'inspiration est plus qu'évidente, la Steinhart, du fait de ces détails et de quelques autres, a sa personnalité : ce n'est pas une bête copie néo-rétro. Et donc, en résumé, on a une 1675 (pour 20 fois moins cher, tout de même) mais en neuf, avec la qualité de fabrication d'une 116710 (12 fois plus chère, on vous le dit !). Et au passage, Steinhart fait un beau pied de nez à tout ceux qui fabriquent leurs propres néo-rétros à des tarifs complètement déconnectés.
Vous allez me dire, chez Rolex, on a un mouvement de manufacture, c'est pas pareil, patati patata. Moyennant quoi ? Personnellement, un mouvement de manufacture FPJ, PP, L&S pour ne citer qu'eux, ça me parle. Rolex, c'est pas pareil : la qualité n'est pas en cause, mais quand on parle de mouvements fabriqués industriellement à des centaines de milliers d'exemplaires (pour ne pas dire plus), ça relativise le sujet, de mon point de vue. Et les innovations techniques, me direz-vous ? Eh bien, je regarde le résultat. Ma Steinhart tourne, après rodage, à -1 seconde... par semaine. Sans certification de chronomètre, même pas peur.
En fait, s'il y a une différence significative de prestation avec Rolex (et certaines autres), c'est sur l'implémentation de la fonction GMT. Ca a l'air bête, mais cette complication n'est pas la plus simple à appréhender, et ETA et Rolex en donnent deux implémentations bien différentes. je m'explique :
Dans la complication GMT, il y a l'idée générale de gérer simultanément OU successivement plusieurs fuseaux horaires, ce qui n'est pas la même chose. L'objectif peut être de visualiser au quotidien l'heure d'un autre fuseau, ce qui n'implique pas que l'on se déplace physiquement. Mais l'objectif peut être aussi le changement de fuseau horaire à l'occasion d'un déplacement, ce qui implique deux choses : les conditions d'ajustement de l'heure courante (où l'on va), et celles de l'heure de référence (d'où l'on vient et où l'on retournera, avec un peu de chance). Ce qui est intéressant est que les deux marques précitées proposent une implémentation totalement différente, et qui sera plus spécifiquement adaptée à l'une de ces deux situations.
Commençons par la Rolex (mais on retrouvera le même principe chez Grand Seiko par exemple). Nous avons donc deux aiguilles des heures pouvant, selon réglage, indiquer la même heure ou pas. Mais elles sont bien différenciées, et pas seulement par leur cycle (12 ou 24h). En effet, si la mise à l'heure générale concerne simultanément les quatre indicateurs (minutes, date, heure 12h, heure 24h), la fonction de correction rapide intervient simultanément et limitativement sur la date et l'aiguille des 12h. Cette implémentation est donc parfaitement adaptée aux déplacements, avec une heure de référence (24h) qui n'a pas vocation à être modifiée au quotidien et qui donc reste stable, et une heure courante, couplée à la date, avec correction rapide, et ce je le précise dans les deux sens (avance et recul) à toute heure, même aux alentours du minuit de la montre. On peut difficilement, à mon sens, faire plus intelligent et plus intuitif. En contrepartie, si le propos est l'affichage d'une second fuseau horaire et a fortiori s'il faut le changer fréquemment, ce système n'est pas adapté, puisqu'il faut modifier l'heure de référence, sans correction rapide, puis recaler l'heure courante et la date.
Pour l'ETA 2893 monté sur la Steinhart, c'est le contraire, j'ai d'ailleurs eu un peu de mal au début à piger le truc. Ici, la correction rapide concerne la date et l'aiguille des 24h (et non des 12h), et séparément (deux actions, chacune dans un sens de la couronne). S'il s'agit de voyager, le changement de fuseau est un peu fastidieux : il faut avancer l'ensemble jusqu'à l'affichage correct de l'heure courante, puis réajuster séparément la date et l'heure de référence (24h) également en avançant et en prenant soin de ne pas le faire entre le 21h et le 03h de la montre. En plus, tout le mouvement est arrêté pendant la première des opérations, ce qui induit un retard de plusieurs secondes (insupportable, n'est-il pas !). En contrepartie, le changement seul du second fuseau horaire (24h) est simple puisque associé à une correction rapide.
Nous finirons par une brève comparaison avec une 16710, plus proche de la Steinhart qu'une 6 chiffres. Au visuel, la Steinhart est légèrement plus massive : épaisseur du boîtier, épaisseur des maillons, boucle massive (stupéfiant, quand on y pense, la tôle chez Rolex...). Cette impression se confirme au porté : la Steinhart est plus lourde, sans être massive et très confortable au demeurant.
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L'ouverture de cadran semble plus importante sur la Rolex, ce que confirme la mesure (29,5mm contre 28mm). Mais, paradoxalement, le visuel de l'heure est quasi-identique : les aiguilles semblent de la même dimension, les index positionnés à l'identique, et finalement le cadran de la Steinhart apparaît plus rempli, presque plus harmonieux. D'autant que la littérature n'est pas superlative (ha ha ha), il y a juste ce qu'il faut là où il faut. Le saphir subtilement bombé de la Steinhart est un vrai bonheur, sur lequel un cyclope n'aurait pas sa place. Le cadran mat, les index peints et non cerclés sont également beaucoup plus cohérents pour une montre qui reste malgré tout une sportive. Lorsque l'on compare les lunettes, comment dire ? La Rolex fait un peu pitié. La céramique de la Steinhart est très qualitative, et le choix de ses couleurs, spécifique, très réussi. La couronne de la Steinhart, un peu grosse (mais on s'y fait vite) est également très qualitative, avec un logo poli sur fond brossé qui fait tout sauf toc. Et puis, elle est d'un maniement des plus agréables. Celle de la Rolex, qui fait vraiment riquiqui à côté, est beaucoup plus rustique en comparaison.
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Le profil des carrures est très différent : pointu aux extrémités et avec épaulements pour la Rolex, à pan coupé et sans épaulements pour la Steinhart, avec pour conséquence une continuité boîtier / bracelet plus naturelle. Les cornes sont également plus fines sur la Steinhart, ce qui participe à l'harmonie visuelle de l'ensemble. Le fond de la Steinhart fait apparaître un chouette 2893-2 avec une finition flatteuse, cela participe au ressenti très qualitatif. Par comparaison, le fond de la Rolex ne risque pas de nous coller la migraine.
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Le bracelet est un Oyster très bien fini, dont le poids donne un équilibre parfait à l'ensemble (rien à voir avec une MM300...). La boucle, pour finir, est à l'avenant de ce qui précède : massive sans être trop épaisse, parfaitement usinée et ajustée, sans chichis. Celle de la Rolex, par comparaison, est certes légère et compacte, mais fait vraiment toc, sans parler de l'emboutissage et ses simili-maillons avec un résultat quand même un peu ridicule...
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Au global, vous aurez compris que Steinhart a fait très fort : on peine à trouver des défauts, la pointe de l'aiguille GMT un peu petite, la couronne peut-être un peu grosse, des détails vraiment. Pour le reste, c'est le sans-faute.
Au final, la Steinhart, vous l'aurez compris, est tout sauf un substitut au rabais de la Rolex. Plus encore, le modèle à la couronne n'aurait pas la moindre chance dans un comparatif un tant soit peu objectif. Ceci explique que je lui suis (presque) fidèle depuis son acquisition, ce qui ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps. Le gros problème va se poser à mon prochain déplacement : vais-je renoncer à la Rolex, qui a partagé tant de mes aventures depuis tout ce temps ?
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Pour conclure, le débat autour de ce que "vaut" une montre a toujours existé, et continuera à nous occuper encore longtemps... Mais, avec la politique actuelle des "grandes" marques, il acquiert une résonnance particulière. L'intérêt de l'approche de marques telles que Steinhart est de recadrer (sévèrement) le débat, en nous démontrant que l'on peut acquérir une montre d'une qualité sans concessions pour un prix "normal", et se faire plaisir avec sans le moindre compromis. Elle est pas belle, la vie ? --- Il n'y a pas de vérité démontrable. Il n'y a que des hypothèses réfutables (d'après Karl Popper) |