Tytil

13/06/16, 20:07
(Modifié par Tytil
le 13/06/16, 22:27)
 

H.Moser & Cie : les 10 ans du Q.P revue détaillée part 2 (Revues & Essais)

Après ce bref rappel de l'histoire récente de la marque, concentrons-nous désormais sur le quantième perpétuel et notamment son mouvement…


Conception du mouvement HMC 341



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A l’origine du projet…


A) La Grande Date

En 2003, le concept de départ pour le HMC 341 se veut plutôt simple : une montre avec une grande date basée sur un mécanisme à 2*disques. On envisage également éventuellement une fonction quantième perpétuelle


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L’idée originelle de ce concept remonte à longtemps : un brevet dans les années 1980 du double disque avait alors été proposé à différentes marques dont Richemont : cela suscite peu d’intérêt à l’époque donc classé sans suite… Début 2000, cette complication revient donc à nouveau sur le devant de la scène et est proposée successivement à une autre marque basée à Grenchen qui se retrouve alors en conflit avec à nouveau une marque du groupe Richemont

Finalement, H. Moser fait le choix de choisit cette fonctionnalité en 2003. Le concept de base (un disque entrainant l’autre) existait donc déjà auparavant. Il reste néanmoins encore à étudier l’entrainement des disques et à travailler sur le système de correction par la couronne !
Bon, en cours de route, Mr R.LANGE décide de compliquer encore les choses : il faudra pouvoir le corriger en avant et en arrière.
A l’époque, seul Ulysse Nardin s’y était essayé !
Enfin se rajoute le concept de saut instantané » et donc un changement de date « flash » à minuit pile !




B) Changement de date instantané
Le calendrier est de type « Flash Perpetual Calendar » : la date saute donc instantanément (sans passage par les dates intermédiaires). Le 28 Févier est ainsi immédiatement suivi du 1er Mars

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Contrairement à la plupart des autres calendriers qui changent progressivement, le « Flash Calendar » de chez H. Moser permet un changement de date en une fraction de seconde. C’est particulièrement utile pour le calendrier perpétuel, étant donné que la date passe instantanément à minuit à la date correcte, même pour les mois courts comme le mois de février

Là encore, la tâche est ardue mais Andréas relève brillamment ce défi !



C) Double pull crown
Il s’agit ici du mécanisme de la couronne de remontoir.

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Andréas a du revisiter les diverses fonctions de la couronne de remontoir.
Chez H. Moser, le mécanisme de la couronne a trois fonctions commandées par des positions différentes: la position 1 sert à remonter la montre, la position 2 à corriger la date et la position 3 à régler les aiguilles – jusque-là, rien que de très ordinaire.
Mais un dispositif «Double Pull Crown» permet d’engrener les différentes positions de la couronne de remontoir de manière aussi précise que possible. En tirant la couronne jusqu'à la butée, seule la position 2, servant à la correction de la date, est activée.
Ce n’est qu’en relâchant brièvement la couronne avant de la tirer de nouveau jusqu’à la butée qu’elle est placée en position 3 servant au réglage des aiguilles – ce qui exclut tout dérèglement malencontreux par inadvertance. Une pression finale sur la couronne la ramène dans la position de remontage 1.
De cette manière, la recherche laborieuse de la position intermédiaire pour la correction de la date est ainsi abolie. Une nouvelle fonctionnalité peu commune qui constitue un confort supplémentaire bien réel
Andréa a travaillé en coopération avec Martin Spöring pour réaliser cette fonctionnalité. Mais c’est lui qui a trouvé la solution (inspirée du concept du déclencheur d’un fusil d’assaut).
Autre avantage : grâce à cette fonction, la montre continue également d’indiquer l'heure, les minutes et les secondes correctement lors du réglage de la date ou des autres indicateurs.


D) Indication des mois:
Ce calendrier perpétuel est réputé pour sa simplicité de lecture et d'utilisation. Ceci est notamment rendu possible grâce à l'ingénieux affichage du mois : une petite aiguille en forme de flèche au centre utilise les index des heures pour indiquer le mois.

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Cet affichage astucieux s’inspire d’une précédente réalisation d’Andreas. En 1999, il avait dévoilé la Zwei dont les 2 aiguilles après pression sur le bouton à 10h indiquaient également le mois et la date ! A noter qu’Oméga et Rolex utilisent depuis les divisions des heures pour indiquer les mois.



E) Réserve de marche de 10 jours

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Le mouvement HMC 341 de notre Q.P est un mouvement à remontage manuel. Mais il y a un système de double barillet pour obtenir 10 jours de réserve de marche. Officiellement H. Moser communique sur 7 jours mais en pratique, elle est de 10 jours
C’est une petite aiguille à 9 heures qui indiquent le niveau de la réserve de marché. Les ressorts de barillet actuels sont réalisés dans un alliage Nivaflex.
Bon, il faut bien l’avouer, il y a sur les 3 derniers jours une légère perte de précision mais qu’importe, c’est tellement pratique d’avoir ces 10 jours d’autonomie ! Un vrai bonheur.



F) Etoile bissextile :
Au départ, il était prévu que cet indicateur soit à l’intérieur du disque des secondes mais cela prend trop de place et il y a des problèmes d’encombrement. Donc cet indicateur des années bissextiles sera finalement côté mouvement et visible à travers le fond de boîte en verre saphir.

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L’étoile n’est donc pas que décorative : elle a une courbe qui fait l’information (élément de programmation)

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Le remontage conique et la géométrie de l’échappement (avec changement de l’ancre) ont été repris du précédent calibre élaboré par Andreas pour la montre bracelet « Zwei »


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G) Stop seconde
L'introduction d'un système de stop seconde est aussi une caractéristique qui permet de régler la montre avec une précision à la seconde près. L'aiguille des seconds s'arrête lorsque la couronne est tirée pour régler l'heure. Et elle poursuit sa course dès que la couronne est repoussée contre la boîte.



H) échappement en or


Ah, l’échappement en or : vaste programme …La roue d’échappement et l’ancre de ce modèle sont en effet en or massif

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Dans le segment des montres historiques de très grande qualité, on trouvait parfois des rouages en or durcis par un long travail de forgeage. Certaines montres de poche particulièrement rares du 19e siècle présentaient elles aussi cette particularité : on en trouve chez LANGE et quelques-unes chez H. Moser . On pensait qu'on pourrait supprimer l'huilage avec l'or !!!

La manufacture a donc décidé de faire revivre cette tradition en dotant ce Q.P d’un module d’échappement interchangeable pourvu d’une roue d’échappement et d’une ancre en or massif.

Première vertu : cela rend la montre encore plus précieuse
Deuxième avantage : l’or massif procurerait un gain de précision (je reste néanmoins dubitatif…)

Dixit la manufacture à l’époque, la longévité de l’échappement est accrue et le mécanisme profite des soins extrêmes apportés au travail de limagelimage et de polissage. L’usure due au frottement provoquée par l’impulsion des dents de la roue d’échappement sur les palettes est atténuée grâce à un « adoucissage » d’une grande finesse. Ces pièces présentent ainsi une rugosité inférieure à 50 nanomètres, ou 50 millionièmes de millimètre. Le frottement entre les pièces du mouvement se trouve minimisé et sa durée de vie prolongée.

Il existe une méthode brevetée de haute technologie (LIGA) qui permet d’obtenir une dureté de l’or suffisante qui optimise encore la résistance à l’usure. Pour résumé, le process LIGA travaille avec la croissance galvanique et seuls les métaux sont éligibles. Les métaux les plus courants en procédé LIGA sont les alliages de Nickel, l’or représente aujourd’hui des applications beaucoup moins nombreuses. Pour usiner la céramique, le silicium et le diamant, on travaille alors avec une attaque sélective sous gaz ionisé à l’état de plasma.

Cette caractéristique, si intéressante soit elle, s’est révélée très contraignante et source de problèmes pour HMC. Mais Mr R.LANGE voulait absolument faire comme les montres Lange de l’époque (échappement en or = élément de qualité). Et cela amena donc la manufacture à étudier cette technique de fabrication par LIGA (rayon X )

Aujourd’hui H. Moser étudie désormais les possibilités offertes par la technologie UV!

Au final, la manufacture a très vite changé pour de l’or gris laminé et découpé par électro-érosion à fil.

On garde néanmoins un échappement modulaire avec une roue d’échappement+ une ancre en en or massif ! Mais ce choix n’est pas sans conséquence car je pense que l’on perd probablement pas mal d’énergie par rapport à l’acier (certains parlent de 30% !)
Autre inconvénient, il y a un risque que l’horloger blesse la pièce en la manipulant.

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I) Module d’échappement interchangeable

La durabilité et la facilité d’entretien ont toujours été une préoccupation pour Andreas. Cela tombe bien car H. Moser est dans le même état d’esprit. Donc ces 2 critères vont dicter un certain nombre de choix
H. Moser a ainsi recherché des moyens pour améliorer le cœur mécanique de la montre, le mécanisme chargé d’entretenir les oscillations.

La raquette de l’échappement fut remplacée par des contrepoids classiques en or massif gris, situés sur la serge du balancier. Ce ne fut pas une mince affaire puisqu’il fallut produire des vis dont le diamètre de filetage n’était que de 0,35 mm. L’avantage qui en résulte mérite amplement ces efforts: les oscillations du balancier sont plus régulières, l’échappement est moins sensible aux chocs et l’influence de la position de la montre sur la précision de marche devient moindre.
Donc au final pour le balancier : les vis de masse sont en or gris mais les vis de réglage en acier (pour ne pas les blesser et pour pouvoir régler plus précisément)

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Habituellement, lorsqu’un mouvement doit être nettoyé dans le cadre de son entretien afin d’éliminer les traces d’usure dues au frottement, il faut démonter toutes les pièces, les laver, les rassembler et les huiler. Cela s’applique également à des pièces telles que l’échappement qu’il faut ensuite réguler à nouveau: un processus délicat qui prend surtout beaucoup de temps.
La manufacture propose donc une « parade »: le dispositif de l’échappement est monté sur une platine séparée et est relié au reste du mouvement uniquement par la roue d’ancre. De cette manière, l’ensemble du mécanisme peut être substitué en ne détachant que deux vis. Au moment d’une révision, il est démonté et remplacé en échange standard.

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Les horlogers de H. Moser nettoient alors le mécanisme et procèdent à son réglage. La durée de révision d’une montre Moser se trouve considérablement réduite et la régulation peut être nettement plus précise.
Au final, cette modularité simplifie le réglage, le nettoyage et l'entretien de la montre. Il permet aux horlogers de démonter le module d'échappement, de nettoyer et d'huiler le reste du mouvement avant de monter un nouveau module préréglé.



J) Le Spiral Straumann®


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Tous les modules d’échappement modulaires de H. Moser & Cie. sont équipés en exclusivité de Spiraux Straumann®. Ils sont fabriqués en interne par l’entité Precision Engineering AG qui fait partie de la même holding . Precision Engineering AG (PEAG) a édifié sa propre ligne de fabrication qui va de la fonte de l’alliage jusqu’au système d’échappement terminé.


K) Fréquence et précision

La fréquence ultra-traditionnelle de ce mouvement à 18’000 A/h pourrait paraitre quelque peu faible à l’heure de la course aux hautes fréquences. Mais l’isochronisme obtenu par son remarquable régulateur garantit une très bonne précision et accroît l’autonomie au-delà des sept jours renseignés officiellement.
Sur les trois cycles de mesure effectués (0h, 48h et 6j), il y a un delta de 50° entre les positions verticales et horizontales. Cet écart pourrait sembler relativement important si la chronométrie n’était pas au final dans les tolérances communément admisespas bonne. En effet, aMais avvec des différences maximum de :
*5sec/j à 0h et après 48h
*et de 9sec/j après 6 jours
les résultats performances mesurées s’avèrent très satisfaisantes



L) Synthèse et conclusion mouvement HMC 341

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Pour terminer sur ce mouvement HMC 341, il convient aussi de comprendre la philosophie ayant servie de base à sa conception…
On se rapproche finalement quelque peu des standards/classiques germaniques (Glashütte par exemple) où l’on recherche aussi et surtout une certaines robustesse. Ici pas de platine ¾ pour rigidifier l’ensemble mais le choix de composants en conséquence : exemple une roue de plus grande dimension, une épaisseur de certaines pièces plus importante pour au final plus de solidité
On ne recherche pas la miniaturisation à tout prix car l’extrême finesse est synonyme de fragilité et de « galère » pour la maintenance/révision par un horloger

En résumé, dans ce mouvement, on a un concentré de technologies, une forte densité de complications du fait des dimensions réduites: 34 mm diamètre extérieur, 6 mm d’épaisseur. Ces dimensions réduites entraînent des contraintes d’intégration. Donc on n’est pas sur une conception modulaire : tout est intégré dans la platine. Ainsi l’encliquetage de la roue qui transmet la force au disque est par exemple à l’intérieur du rouage. Pour faire simple, au lieu d’empiler, on utilise les 2 cotés/2 versants

Lire la 3e partie

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CARPE DIEM !

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