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NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années (Articles)

Salut les amis,

Comme vous l’avez peut-être constaté, j’ai été absent du forum en 2014 car j’ai chroniqué l’aventure NM : http://www.legardetemps-nm.org/

L’objectif du Garde-temps, la Naissance d’une Montre est de sauvegarder et transmettre les Savoir-faire traditionnels.

Ceci démarre presque par hasard, il y a quelques années, lors d’une discussion entre Robert Greubel, Philippe Dufour, Kari Voutilainen & Vianney Halter. En échangeant, ils ont pris conscience de l’ampleur de l’érosion des Savoir-faire…

Les principales causes de celle-ci résident dans les différentes crises de l’industrie horlogère, en particulier celle « du quartz » et la robotisation progressive de l’industrie au moyen des commandes numériques. Les départs, les décès et la course au chiffre en ont été les vecteurs principaux.

Comme le dit Philippe Dufour : « les cimetières sont remplis de secrets ».

Conscient de ce problème Robert Greubel, devant une relative indifférence de l’industrie à ce sujet, à décidé de prendre le taureau par les cornes, en initiant, à la modeste échelle de Greubel Forsey, un projet de conservation des Savoir-faire. Le meilleur moyen de transmettre, c’est d’avoir des compétences pédagogiques, ce qui est encore mieux, c’est d’être professeur.

Robert a donc contacté en juillet 2010 un ami de longue date: Michel Boulanger. Ce dernier, motivé par l’apprentissage, est retourné vivre dans son atelier de Chartres en France et enseigner à Paris.
Ca faisait longtemps qu’ils envisageaient une collaboration, et ce fut une aubaine pour Michel. Robert, pour exacerber la créativité de Michel, lui demanda de réfléchir à un projet reflétant sa vision de la transmission.

Robert a proposé à Michel de réaliser une montre de A à Z, au moyen de techniques traditionnelles dites « conventionnelles », la découverte de ses dernières lui permettant de redevenir apprenant.
Cela signifie aussi que pour ce projet, Michel ne devra pas utiliser de machine à commande numérique. Toute la réalisation se fera soit au tour, à la pointeuse, à la fraiseuse ou à la main avec l’outillage adéquat. Néanmoins la partie conception sera exécutée sur ordinateur.

Avant de déterminer l’outillage, la phase de maturation intellectuelle du projet a été assez longue. Durant celle-ci, Michel a présenté des projets parfois très ambitieux, peut-être trop, car il ne connaissait pas encore les contraintes inhérentes.
La Naissance d’une Montre est en effet l’une des rares pièces réalisée à partir d’une construction absolument nouvelle. Cela veut dire que le mécanisme n’est pas la copie d’un calibre existant mais né de l’imagination de Michel et mit au point par l’équipe NM.
Durant cette phase, Robert a tranché sur deux aspects majeurs du projet : le Garde-temps sera une montre simple (HMS), pourvu d’un Tourbillon traditionnel et que Philippe Dufour serait un des professeurs de Michel.

Maintenant que le décor est planté, et avant que Michel vous raconte les premières années de l’aventure, voici une brève présentation des acteurs principaux :

Robert Greubel : Bien qu’il soit peu connu du grand public, c’est le chef d’orchestre de Greubel Forsey. Il a fondé CompliTime au milieu des années 90, en compagnie de Stephen. Puis ils ont commercialisé leur première Invention le Double Tourbillon 30°, en nom propre, car aucune marque n’en voulait... Le verdict des collectionneurs a parlé : le succès de GF a été fulgurant, en dix ans seulement, la marque s’est placée au pinacle de l’horlogerie actuelle…
Robert est le maître d’œuvre de NM, il permet aux membres de l’aventure de repousser leurs limites personnelles.

Robert examinant le Garde-temps au SIHH
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Stephen Forsey : c’est l’associé de Robert, et également l’ambassadeur de GF et NM. Il est intervenu pour valider les principales orientations techniques durant les longues phases de conception. Il a commencé l’horlogerie tôt dans l’atelier familial. Il a grâce à des pièces de mécano validé le concept technique du Double Tourbillon 30°.

Stephen & Robert à l’anniversaire de Philippe Dufour
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Philippe Dufour : le maître Yoda de l’horlogerie. « Un trésor national vivant », au Japon. Il y est tellement culte, qu’un manuel scolaire sous forme de Manga le met en scène.
En présentant la Simplicité au début des années 90, Philippe à repoussé les critères de finitions de l’horlogerie.
Ses savoirs sont aussi étendus que sa main est sure, même les excellents horlogers comme Didier Cretin ont du mal à le suivre. C’est l’échec de Philippe, il n’a pas su être assez souple avec ses apprentis pour transmettre l’intégralité de ses Savoir-faire. Comme Maître Yoda, Philippe n’est pas le roi de la pédagogie. Mais tout a changé avec son Padawan Obi-Wan Boulanger.

Philippe dans les volutes de pipe
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Didier Cretin : il y a quelques années, avant de travailler pour GF, j’avais eu l’occasion de rencontrer Didier. On avait passé plus d’une heure à discuter horlogerie. Didier est un passionné qui est passé par les plus prestigieuses maisons d’horlogerie, Breguet, Audemars Piguet, Philippe Dufour (il a réalisé 18 Simplicités) et surtout Greubel Forsey. Il est constructeur chez GF, et aussi dans le cadre de NM, c’est le principal acolyte de Michel, qui valide les plans du Garde-temps…

Didier à droite & Michel, au SIHH
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Sévérine Vitali : ceux qui connaissent bien Greubel Forsey, l’ont déjà rencontré. Elle a suivi une formation horlogère classique à la frontière française. Elle est aussi passée par Renaud & Papi avant de rejoindre Greubel Forsey au début de l’aventure en 2004 (souvenez-vous, j’en parlais dans l’interview de Nathalie Jean-Louis LIEN).
Depuis, elle a considérablement perfectionné son art et elle est aujourd’hui responsable de l’atelier finitions chez Greubel Forsey. Elle transmet notamment les techniques de sablage à Michel.
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Jean-François Erard :
ce dernier est inconnu du grand public, mais c’est un mécanicien de précision d’élite, qui a beaucoup travaillé pour les plus grandes manufactures. Il conçoit notamment des timbres pour montres à sonneries. Il a bouleversé l’offre en développant des timbres monobloc chez Renaud & Papi dans les années 90. Jean-François est proche de la retraite, et le projet NM est une occasion de transmettre son Savoir-faire à Michel. Il aide Michel à concevoir les procédures de production des composants du Garde-temps, notamment au tour schaublin 70 & 102 et à la pointeuse.

JF à droite, Didier & Michel dans les locaux de Greubel Forsey
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Michel Boulanger : c’est le « héros de l’aventure ». A 46 ans et avec ses 2m de haut, littéralement le plus grand horloger de sa génération. Michel est tombé dans l’horlogerie quand il était petit, car son père tient un atelier de restauration d’horloges au sud de Chartres.
Après plusieurs diplômes d’horlogerie, il a goûté à l’industrie suisse, en travaillant notamment chez Renaud & Papi, ou il a recroisé Robert et rencontré Jean-François.

Mais Michel souhaitait enseigner, il a donc passé le concours de l’éducation nationale française, afin de devenir professeur d’horlogerie au Lycée technique Diderot, Paris 19éme, depuis de nombreuses années.

Michel et sa blouse « La Naissance d’une Montre »
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Le Tour 70 Schaublin : tout héros digne de ce nom, est accompagné par son super-outil : voiture, épée ou arme à feu dans les films, romans et séries dignes de ce nom. Depuis Arthur et Excalibur, jusqu’au 44. Automag de Dirty Harry ou la Pontiac Trans Am K2000 de Michael Knight.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le tour 70 de Michel est nettement plus customisable que cette dernière, qui a pourtant généré moult rêves humides chez les amateurs de tuning. Le tour 70 est crucial dans NM car c’est outils principal de Michel, il l’utilise les deux tiers du temps (et 90% du temps « outil »).

Le tour 70 à été présenté en 1925, il émanait d’une demande de l’industrie horlogère, qui souhaitait standardiser son matériel, avec un tour polyvalent permettant de travailler à micro-échelle. Il fait 600mm de long *120mm de haut pour un poids à vide de 13.5kg. Il a la particularité d’être encore fabriqué aujourd’hui. Il est donc doté d’une pléthore d’accessoires spécialement conçus pour une utilisation à l’échelle horlogère. Un jeune horloger peu acquérir un 70 d’occasion pour 3000€, le restaurer et le doter au fur et à mesure d’accessoires.

Mais l’histoire du tour 70 de Michel est bien plus palpitante. Ce tour était la propriété de Robert. Ce dernier l’a cédé à Michel au début des années 2000, donc au début de l’aventure GF. Cet acte de transmission porte une charge symbolique forte dans le cadre de NM.

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Le Garde-temps : il y a une dimension grallesque dans cette pièce, dans la mesure où elle est bien plus un prétexte pour une quête initiatique sur les chemins perdus des Savoir-faire traditionnels, qu’une fin en soit. Intellectuellement, contrairement à une voiture ou une paire de chaussures, qui ont une fonction utilitaire, une montre est une pure abstraction, une création artistique. Celle-ci, va être le véhicule de la pérennisation des Savoir-faire de vieux maîtres de l’horlogerie contemporaine.

L’objectif de réalisation est modeste, 11 Garde-temps finalisés. Ce qui signifie que Michel doit probablement produire le triple dans les faits, si l’on tient compte des pièces rejetées et les composants conservés pour assurer le futur SAV.

Le Garde-temps sera rond et fera 45mm sur 14.99mm pour un poids approximatif de 220 grammes. Il sera cadencé à 18000a/h pour un minimum 36h de RdM, dans l’esprit des montres de poche vintages. Ce sera une pièce simple, sans complication stricto sensus, mais néanmoins pourvus d’un grand tourbillon 1 minute de 18mm de diamètre.

Pour les plus horlogers d’entre vous, elle sera également munie des dispositifs suivants :

• Double encliquetage dit « de la Vallée de Joux », au lieu du pignon Breguet. C’est un système qu’on retrouve sur les grandes sonneries, cette implémentation était une proposition de Philippe.
• Pas d’aiguille de seconde sur la cage.
• Système de mise à l’heure indépendant (pas de système de minuterie attaché au rouage principal, la mise à l’heure est relié au barillet).
• Denture dent de loup au niveau de barillet.
• Engrenage conique.
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Afin de vous narrer les premières années de l’aventure NM, j’ai interviewé Michel :

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http://www.foudroyante.com/

PIFPAF
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@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Salut Michel Boulanger,

Salut Pifpaf,

PP : comment l’aventure a commencé pour toi ?

MB : fin juin 2010, j’ai reçu un coup de téléphone d’un membre de GF, je n’ai rien compris à sa demande, j’ai écouté avec attention et j’ai dit oui, puis j’ai raccroché et je suis parti en vacances et j’ai oublié…

PP : comme Gary Kildall qui a raté la vente de MSDOS à IBM en 1980, toi aussi, tu as failli rater l’affaire du siècle !!

MB : oui et non, tout s’est arrangé, car Robert est beaucoup plus sympa qu’IBM, il m’a rappelé le mois suivant et m’a détaillé le projet. J’aurais eu du mal à y croire, si je ne savais pas ce qu’il est capable de réaliser. Je suis venu en Suisse et on en a discuté en détail, j’ai été emballé immédiatement. J’avais envie de prendre du recul par rapport à l’éducation nationale, si l’on veut bien faire son métier de professeur, il faut faire des allers-retours dans le monde professionnel, pour se maintenir à niveau et là, j’ai senti une opportunité.
Robert m’a dit : « Réfléchis à un mécanisme horloger que tu voudrais fabriquer de manière « conventionnelle fait à la main»…

PP : tu as pensé à quoi ?

MB: A plusieurs projets compliqués dont des chronographes, des comptes à rebours, des grandes sonneries... Des trucs qui n’auraient pas tous fonctionné. En plus tous n’étaient pas forcément assez axés sur l’apprentissage et trop sur l’horlogerie.
Alors on a décidé de reprendre la base : que je façonne la montre de A à Z (à part quelques éléments comme les rubis et le spiral et le ressort de barillet), avec des outils et des alliages globalement pré-crise du quartz : tour mécanique d’horloger (donc le 70), tour d’horloger, spiromatic, machine à compter, projecteur de profil, pointeuse, machine à fileter, etc… 99% du temps, je bosse avec des outils des années 50-60-70, et surtout la plus grande contrainte est la suivante : aucune machine à commande numérique (LIEN PAYSAN HORLOGER). Tous les gestes sont manuels : je pousse moi-même le charriot vers le burin, si je suis un peu énervé ou fatigué, je rate ma pièce.

Michel au tour d’horloger
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PP : comment tu as fait pour maîtriser tous ces outils anciens ?

MB : Robert a suggéré que Philippe s’associe à NM, ce qui m’a conforté dans l’idée d’avancer sur le Garde-temps. Effectivement, je n’ai pas été déçu, Philippe transmet, sans arrière-pensée, sans retenu, il est d’une grande générosité, c’est l’antithèse du taiseux (NDPP : un terme des montagnards pour désigner quelqu’un qui pratique la loi du silence). Il est aussi communicatif qu’il est difficile dans le métier, avec un grand niveau d’exigence. Ce qui n’est pas superflu vu les contraintes de NM.

PP : tu peux nous en dire plus sur ces contraintes ?

MB : NM est un projet qui combine le maximum de contraintes possibles : l’utilisation d’outils anciens, peu productifs, longs à régler… Combiné avec le niveau d’exigence de GF et Philippe Dufour, que ce soit les finitions, de fiabilité, de chronométrie ou le niveau d’interchangeabilité des pièces.
Intrinsèquement, c’est juste très dur de produire 11 pièces de A à Z dans son garage, avec Robert et Philippe comme gardiens de l’excellence. C’est une gageure de chaque instant que de se dépasser pour accéder à l’ultime.

PP : tu commences quand la production ?

MB : ohlala, pas si vite, on est en septembre 2011. Je viens travailler pour NM à 100%, c’était le début de l’aventure, il avait du monde pendant les séances de travail, on a perdu beaucoup de temps lors de la première année, parce que tout le monde avait un avis (certains disaient que je devrai essayer de faire ou comme-ci ou comme-ça…) Le côté positif, c’est que cela a permis de faire évoluer les dessins énormément, entre la première version du calibre, et celle d’aujourd’hui, c’est le jour et la nuit, il y a eu une dizaine de versions du dessin du calibre et une vingtaine de la cage de tourbillon jusqu’à aujourd’hui. Dont la très grande majorité en 2011.

PP : nous voici début 2012…

MB : c’est le SIHH: on fait la première présentation de NM au public. Les gens venaient surtout pour voir Philippe, on a communiqué un minimum, disant juste qu’on fabriquait une montre sans intervention de CNC…
L’accueil était bon, mais les gens ne comprenaient pas vraiment, ils étaient encore, ce qui est naturel, un peu dubitatifs. C’était difficile de se projeter pour eux, car on n’avait pas présenté de montre concrète.
Caractéristiques inhérentes au projet :

PP : ensuite tu entames la production ?

MB: On a poursuivi les discussions entamées en 2011. Confrontées au réel, les théories de 2011 sont devenues obsolètes, faute d’une vision globale de la réalisation une pièce de A à Z sans commande numérique.

En compagnie de Didier Cretin, nous avons fait des recherches historiques aux réserves du Musée International de l’Horlogerie (merci à M. Piguet) et aux réserves du Musée du château des monts (merci à Gérald Vouga), on a rencontré que des gens hyper cools, qui nous ont donné un accès total. On a pu consulter tout ce qu’il y a entre 1750-1850.
Nos réflexions ont porté sur la production des pièces, combien et quel type de roues, et la méthodologie de leur fabrication traditionnelle. Cette étape a été cruciale pour repousser les limites de ma maitrise du tour 70.

PP : objectif SIHH 2013 ?

MB : nous voulions présenter la cage de tourbillon finalisée au public. On a pris des fausses routes en termes de fabrication, grâce à JF Erard, les dessins ont encore beaucoup évolué. J’ai mis deux mois à réaliser la première cage. Parallèlement, on a continué à mettre au point la partie remontage/mise à l’heure du Garde-temps.

Arrivés au SIHH 2013, l’objectif était tenu : la cage était là : Cage partielle (bas, haut + les deux ponts de cage) + balancier, le tout disposé sur la platine. Avec un début de concret, on a senti un frémissement, notamment parce qu’on a communiqué sur les fonctions du Garde-temps.

La cage de tourbillon du SIHH2013
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PP : nous voici arrivés en 2013, c’est là que le projet prend forme ?

MB : clairement, on est rentré dans le vif du sujet, notre objectif pour le SIHH2014 était d’avoir un mouvement qui ferait « tic tac », sans pour autant viser la précision chronométrique. C’était donc un objectif énorme, je devais en effet produire 90% des composants (principalement les composants mobiles), et faire fonctionner le tout!

En plus, comme tous les ans, on a amélioré un peu les plans… On a notamment supprimé un bras et une vis sur la cage de tourbillon, ce qui a permis de réduire 30% du poids.

Cette année fut d’autant plus intense, car je pensais que les plans étaient définitifs, j’ai produit des micro-séries de 5-6 pièces, les nombreuses vidéos du site du Garde-temps ont été réalisées à cette époque.

PP : 2014, c’est après trois ans de maturation, la première concrétisation?

MB : le gros enjeu pour le SIHH 2014, c’était d’avoir ce mouvement qui fonctionne… J’ai bossé d’arrache-pied. Finalement, j’étais en avance, il faisait « tictac » le samedi matin précédant le SIHH !!
Et surtout grosse fierté car le mécanisme, dans sa plus simple expression, a fonctionné durant tout le Sihh malgré une simple cloche en verre pour le protéger. Il fonctionne jusqu’aujourd’hui!!

Le calibre du Garde-temps de 2014
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PP : il a y eut des changements en cours d’année 2014 ?

MB : effectivement, Didier a suggéré de revoir en profondeur les plans du Garde-temps, ce que Robert a validé, toujours dans une optique d’excellence… Pour moi, c’était compliqué, je souhaitais faire évoluer mon mouvement déjà réalisé en micro-série… Contrainte supplémentaire, je devais reprendre les cours à la rentrée 2014 et enfin dernière obligation, je devais perfectionner la réalisation du spiral Breguet avec Philippe.
Finalement, j’ai refait un mouvement complet, j’ai récupéré quelques pièces, mais le plus gros, notamment la platine et les ponts, était à revoir. J’ai refabriqué 60% des pièces cette année là.

PP : mission impossible ?

MB : oui et non car sans l’aide de Jean-François Erard, j’aurais perdu du temps au moment où celui-ci était devenu une denrée rare. Ces précieux conseils m’ont permis d’évoluer dans la connaissance du tournage fraisage, et j’ai pu produire et assembler les composants.
Pour la boite, c’était encore une autre galère, on a convenu de faire appel à un prestataire, mais celui-ci devait respecter nos exigences qualitatives et contraintes de production : pas de commande numérique.

J’ai jonglé toute l’année, avec beaucoup d’aller-retour en Suisse, notamment pour apprendre à lever le spiral avec Philippe… Pour te donner l’ambiance : le jour de noël, déjeuner dans la famille de ma sœur en Picardie, j’ai quitté précipitamment le repas à 14h pour commencer à bosser à 19h chez moi…



Philippe Dufour sur le spiral
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PP : c’est fou !! Tu bossais le jour de noël pour présenter le Garde-temps assemblé au SIHH 2015 ?

Oui, et ça été payant, puisque j’ai fini l’assemblage complet du Garde-temps in extremis. Le succès a été proportionnel au stress, je n’ai pu prendre aucune pause déjeuner durant le salon, j’ai aussi décidé d’accompagner le Garde-temps ou qu’il aille, j’ai donc assisté aux conférences, mais aussi aux rencontres avec les collectionneurs et détaillant… Et il faut bien le dire, c’était un sentiment étrange, quand tu as passé autant d’heures dans ta cave à réaliser une montre. Cerise sur le gâteau, j’ai pu faire venir deux de mes étudiants, ce qui était un beau symbole de la transmission qui anime NM.

Cet exemplaire du Garde-temps va être vendu chez Christie’s en mai à Genève, comme montre-école, c’est-à-dire sans les finitions. Ça va être un bon test de l’engouement des collectionneurs pour le Garde-temps.
La fondation Time Aeon qui était à l’origine du projet est devenu la plateforme de partage des Savoir-faire de NM, plusieurs institutions, détaillants et maison d’horlogerie nous ont rejoint, le projet grossit à mesure que le Garde-temps prend forme. Par exemple, la FHH met un petit stand complet à notre disposition pendant le SIHH.

Le Garde-temps assemblé, réglé et fonctionnel
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PP : qu’as-tu appris cette année ?

MB: La décoration, la dernière étape! Je l’ai approché un peu différemment, car je ne possédais aucune connaissance à ce sujet. Mais pour que ça reste une expérience ludique, je voulais garder un œil frais.
Pour apprendre, je décore tout seul, je polis tout seul, je montre mon résultat à Séverine et à Philippe, qui me montrent leurs méthodes. L’avantage c’est que l’échec confère une expérience incroyable: c’est dur, je perds des pièces, mais mon niveau d’apprentissage n’est pas linéaire, il est plus pertinent, je comprends mieux le pourquoi et je retiens mieux les informations, cela m’aide aussi à perfectionner encore mes techniques d’usinages : un composant mieux usiné se décore plus facilement.

Pour moi l’apprentissage est une quête, pas une reproduction des savoirs.

PP : vous avez travaillé sur quels aspects de la décoration ?

MB: Le Garde-temps sera décoré selon les critères de l’âge d’or de l’horlogerie mécanique, soit 1750-1850, ce qui exclut les côtes de Genève, typique de la Suisse (à l’époque l’horlogerie était surtout basée à Londres et à Paris).
J’ai donc appris le grainage des ponts, le polissage des axes (arbres), traits tirés, cerclage et anglages sur les roues, polissage des flancs des ponts à la main. Cette dernière partie est novatrice, car on essaye de retrouver un Savoir-faire perdu depuis cette époque…

PP : cette année 2015 est plus calme pour toi ?

MB: Oui et non. La décoration est super excitante, c’est génial, parce que c’est là que la pièce devient magique, c’est un aboutissement de la première phase.

PP : la première phase, le projet n’est pas terminé ?

MB: Ce n’est que le commencement, tout d’abord, je dois terminer de produire les 11 Garde-temps, ce qui est loin d’être fait… Ensuite, et c’est l’objectif réel de NM, je dois moi-même former quelques jeunes horlogers, qui en formeront d’autres à leurs tours.
Dans quelques années, probablement que NM sera achevé pour moi, mais le projet est destiné en définitive à tous nous survivre, pour que jamais plus ne s’oublie la grande tradition horlogère.

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http://www.foudroyante.com/

williger
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24/12/15, 16:53

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Bonjour et merci pour ce partage très enrichissant.:clap:

Cela fait plaisir de constater qu'il se passe encore bien des projets de haute volée sans CAO,FAO ou CFAO.

Toujours preneur de ce genre de reportage,merci encore.

Joyeuses fêtes de fin d'année.

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J'ai trop longtemps manqué de temps à perdre...

regalis
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25/12/15, 22:54

@ williger
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

» Cela fait plaisir de constater qu'il se passe encore bien des projets de
» haute volée sans CAO,FAO ou CFAO.
En parallèle avec LAO? :lol3:
» Toujours preneur de ce genre de reportage,merci encore.
Pareil. Tous mes souhaits de réussite pour les initiateurs du projet et merci pour ce compte rendu très vivant :ok:

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"Your time is gone!"

autrichongris
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26/12/15, 09:01

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Quel récit fascinant...

Une sublime conquête de l'inutile, pour transmettre et pour la beauté ultime d'une pièce d'horlogerie mécanique hors norme et hors du temps.

Merci !!

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SAY NO TO CHRONOAGENT.IT

birdy1962
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Lausanne, Suisse,
26/12/15, 09:58

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

merci du recit...meme si j'ai pas tout compris !!

j'ai travailler sur un schaublin 102 en apprentissage mécanicien...très bon outil!!

salutations

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Si toutes les femmes étaient fidèles, il n'y aurais pas d'hommes infidèles !

knvbparis

paris/chamonix,
30/12/15, 14:51

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

passionnant merci !
il faut des "passeurs" de savoir faire/patrimoine

PIFPAF
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Page d'accueil26/02/16, 16:21

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Salut à tous,

Excusez-moi, je ne vous ai pas remercié pour vos messages, l'actualité m'a un peu accaparé ces derniers temps.

Merci à tous, donc. Si j'ai mis autant de passion dans ce récit, c'est parce c'était un réel privilège de participer à NM, un rêve quand on écrit sur l'horlo (pas comme d'assister un cocktail à la con).

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http://www.foudroyante.com/

rocalin
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24/12/15, 16:08

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Bonjour et merci pour ce récit passionnant sur des passionnés(complétement perdu quand on parle technique horlogère, mais j'ai adoré l'histoire)!
Bonnes fêtes!

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Always look on the bright side of life!

yamxt
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Page d'accueilEn plein centre des deux mers,
26/12/15, 08:30

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Salut

Merci pour ce reportage, c'est rassurant, il y a encore des passionnés ;)

a+;)

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Visitez le blog de cette artiste... vous serez surpris..

http://gaelleborracheromenezo.blogspot.fr

fellini

26/12/15, 11:14

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

Merci Malik pour ce texte vivant (et bien écrit comme d'hab) qui consacre une aventure de passionnés.

Tarzom
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par içi et par là,
27/12/15, 12:36

@ fellini
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

J'ai commencé à le lire le soir du 25, et viens de le relire tranquillement ce matin.

Récit passionnant et passionné, le type de montre fait avec amour et passion

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La signature prend de la place inutile ;-)

Néo
[image]
Entre mon clavier et mon chat.,
01/03/16, 23:06

@ fellini
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

plus un

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_________________
Parler à un con, c'est un peu comme se masturber avec une râpe à fromage : beaucoup de souffrance pour peu de résultats.
P. Desproges philosophe du 20e siècle.
.

Nepomucene

27/12/15, 16:16

@ PIFPAF
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

J'avoue ne pas comprendre le snobisme d'éviter la CNC, impression 3D et autres outils modernes. Ce sont pourtant eux qui vont sauver nos tocantes et à court terme nous permettre de recréer les pièces détachées dont nous avons besoin.
Il faut par contre les prendre pour ce qu'ils sont: des outils parmi d'autres et pour l'instant incapables de faire finitions, anglages, gravures et autres prouesses techniques que seuls peu d'artisans maîtrisent.
Le métier va revenir vers la création, le design et l'originalité et s'écarter de la fabrication.

L'impression n'a pas tue le livre, bien au contraire. Elle l'a sorti des mains des églises et quelques copistes qui contrôlaient le savoir!

CNC et impression 3D vont permettre à des passionnés de créer des mouvements de zéro, sans avoir à reprendre encore une fois un mouvement créé il y a 50 ou 60 ans.

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Olivier

williger
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27/12/15, 22:15

@ Nepomucene
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

» J'avoue ne pas comprendre le snobisme d'éviter la CNC, impression 3D et
» autres outils modernes.



En ce qui me concerne,je préférerai porter une montre P.Dufour plutôt que toutes les montres élaborées par CNC du monde;-)
Malheureusement elles sont hors de ma portée.

Ce n'est pas une question de snobisme bien au contraire mais par amour de l'exceptionnel.

Voir une machine travailler ne me passionne guère et pourtant,je les côtoie au quotidien...

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J'ai trop longtemps manqué de temps à perdre...

Nepomucene

27/12/15, 22:45

@ williger
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

» En ce qui me concerne,je préférerai porter une montre P.Dufour plutôt que
» toutes les montres élaborées par CNC du monde;-)
» Malheureusement elles sont hors de ma portée.

Je comprend bien, même si l'art de Dufour c'est la conception et la finalisation, pas la fabrication de l'ébauche. Et surtout quand je parle de CNC comme outil ça n'est qu'un outil parmi d'autre et je ne parle en aucun cas d'utilisation exclusive de CNC!
D'ailleurs l'ami LAO ne commence-t'il pas ses mouvements en machine outil?

Bref, si le travail à la main apporte quelque chose d'unique, bien sûr. Quand c'est pour une opération qui serait aussi bien faite (voire mieux) à la machine, pourquoi s'en priver!

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Olivier

PIFPAF
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Page d'accueil26/02/16, 16:37

@ Nepomucene
 

NM, la Naissance d’une Montre: les cinq premières années

» J'avoue ne pas comprendre le snobisme d'éviter la CNC, impression 3D et
» autres outils modernes. Ce sont pourtant eux qui vont sauver nos tocantes
» et à court terme nous permettre de recréer les pièces détachées dont nous
» avons besoin.


J'avoue ne pas comprendre le terme "snobisme" dans ce contexte.

Le snobisme, c'est quand on organise la fausse pénurie de pièces compliqués, ou que l'on envoie un mail à 21h à l'un de ces clients, pour lui demander de justifier de la vente de sa Patek, comme l'expliquais récemment le collectionneur "HG".

Le but de NM, c'est de préserver les savoir-faire ancien, par l'action et l'apprentissage, pour sortir de la théorie (comportement typique sur internet) et aller se confronter au monde, la confrontation implique l'usage et la maîtrise des outils anciens.

En plus, c'est tellement compliqué de maîtriser un tour, que dans ce genre de cadre, le coût industriel de la montre explose. Cela justifie infiniment mieux le prix élevé.


» Il faut par contre les prendre pour ce qu'ils sont: des outils parmi
» d'autres et pour l'instant incapables de faire finitions, anglages,
» gravures et autres prouesses techniques que seuls peu d'artisans
» maîtrisent.
» Le métier va revenir vers la création, le design et l'originalité et
» s'écarter de la fabrication.

Tu sais qu'aujourd'hui on peut ébaucher des angles rentrant avec des commande numériques 5axes et demi?

Tu sais que la plupart des anglages sont réalisés à la machine?

Tu sais que les perlages sont réalisés par des robots?

Alors les niveau de qualités ne sont pas ceux d'un Dufour, Voutilainen, Greubel Forsey. Mais les machines augmentent exponentiellement leur niveau de qualité?

Les canons de la création, le design, quand ils furent crées reposaient précisément sur des contraintes de fabrication et de fonctionnalité, la conjonction du possible et du nécessaire a engendré les plus beaux designs, notamment de l'horlogerie...



» L'impression n'a pas tue le livre, bien au contraire. Elle l'a sorti des
» mains des églises et quelques copistes qui contrôlaient le savoir!
»
» CNC et impression 3D vont permettre à des passionnés de créer des
» mouvements de zéro, sans avoir à reprendre encore une fois un mouvement
» créé il y a 50 ou 60 ans.

Un tour équipé + une pointeuse, ça se trouve à 25000€.
Une commande numérique récente, ça coûte 250000€. Inaccessible pour un passionné.

Mais en fait dans tout ton message, j'ai l'impression que tu dis, que c'est un problème que l'on réalise 0,000011 % de l'horlogerie avec un tour traditionnel ?

Moi je pense que c'est l'inverse : 99,999989% des montres réalisés avec des commandes numériques ou désormais, des imprimantes 3D (comme la nouvelle Panerai tourbillon), ça nuit un peu à la variété du monde.

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http://www.foudroyante.com/

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