capitaine56

Page d'accueilBretagne,
24/11/15, 19:50
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX (Articles)

Suite du premier chapitre.

-Et c'est parti pour Pirofa!

- Exact ! Maintenant, tout va changer. Peu à peu, nous avons réduit notre collaboration avec nos partenaires étrangers. Plus d'importations de marques suisses, plus de contrats léonins. Nous mettons à profit notre savoir horloger et notre connaissance du marché réel pour choisir nous-mêmes les calibres que nous souhaitons vendre et pour sélectionner les boîtiers dans lesquels nous allons les faire monter. Nous recherchons la qualité au meilleur prix. Nombres de nos boîtiers sont d'ailleurs en acier, pas seulement en alliage. Nous utilisons aussi du plaqué or et de l'or massif.

Pour l'essentiel, les mouvements seront français, tels les France Ébauches, Jeambrun ou Cupillard mais aussi parfois suisses, tels les calibres Valjoux, fournis par Ébauches S.A., lorsque les fabricants jurassiens ne pourront mettre à notre disposition les qualités ou les quantités souhaitées.

Quant à l'assemblage, il se fera toujours en France, à Villers le Lac. Il est rare que nous achetions des montres pré-assemblées, bien que nous ayons traité parfois avec Monsieur Renaud Bezot.

- C'est par son intermédiaire que j'ai trouvé vos coordonnées.

- Oui, je sais, il m'a appelé avant votre visite. Donc, je disais que les montres sont alors livrées à Nantes puis vendues par notre société. Nous souhaitons proposer une gamme de produits aussi complète que possible : montres pour hommes, pour femmes, pour enfants, montres de gousset, châtelaines, chronographes, montres de plongée, il fallait satisfaire toutes les demandes.


Plongeuses


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Chronographe

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Montre automatique (PUW1565)

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Autre montre automatique

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gousset

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et son mouvement
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Montre enfant animée
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montre réveil
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et son mouvement
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Montre Pirofa à quartz, pour homme, neuve, emballage et écrin d'origine (propriété R. Fontaine)
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Chronomètre
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Chronographe trois compteurs et dateur
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Montre de col (Delcampe)

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Prospectus Pirofa (propriété R. Fontaine)


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Hélas, en avril 1978, Pierre décède prématurément. Je prends alors la tête de l'affaire. En remettant à jour la liste des clients, je constate que Pierre et moi nous avons constitué un fichier de mille deux cents horlogers-bijoutiers ! Mille deux cents ! Le plus important est que nous comptons parmi eux huit cents clients dont six cents réguliers.

Peu après le décès de Pierre, Marie France, son épouse, manifeste le souhait de se retirer de la vie active de l'entreprise, tout en demeurant actionnaire, pour se consacrer à ses enfants. Ma femme Monique et moi, nous continuons et la société comptera jusqu'à treize employés, essentiellement des représentants, un technicien, un comptable, etc.

- En 78, dites-vous ? Mais l'arrivée du quartz n'avait-elle pas fragilisé votre entreprise?

- Absolument pas ! Voyez-vous, je suis, comme l'était mon frère, un homme curieux et cette curiosité nous avait poussés à nous pencher sur ce nouveau produit dès son apparition. Après avoir approché des fournisseurs à la foire de Bâle, nous avons traité avec l'Extrème-Orient et nous nous faisions livrer des fournitures par Hong Kong

- Avez-vous continué à vendre des mouvements mécaniques ?

- Oui, bien sûr, mais en moins grand nombre!
Une pause

Pirofa chronographe « bull head » à remontage mécanique

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[i]Pirofa remontage manuel calibre Lorsa P75
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("collection personnelle";)


Il reprend:
- Il faut savoir suivre les modes, les goûts, les tendances et les nouvelles techniques. Voyez ces prospectus :

Prospectus Pirofa, montres à quartz (propriété R. Fontaine)

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En matière de mode, par exemple, j'ai déposé en 1985 une seconde marque : Louis Fontaine, dont le nom est inspiré par le souvenir de mon grand-père, Jean-Baptiste LOUIS Fontaine.

- Pourquoi une nouvelle marque ?

Louis Fontaine, montres à quartz (Prop. Louis Fontaine)

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Louis Fontaine, Montre triple date et chronographe à quartz (Prop. Robert Fontaine)

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- Ah ! Je voulais toucher une clientèle plus haut de gamme (il rit). Bien sûr, tout en utilisant des composants identiques à ceux employés par Pirofa.

- Il me semble bien que cette méthode n'est pas inconnue des plus grandes manufactures et des plus grands groupes...

- Sans aucun doute ! C' est la base même du commerce. Il faut savoir donner envie aux gens et leur proposer un produit « d'élite » ou original. Ou encore suivre les événements !

Montre à quartz pour jeune fille, habillage tissu (prop. R. Fontaine)

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Montre-bracelet à quartz, bicentenaire de la Révolution (propriété R. Fontaine)


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Bref, tout va bien mais, en 1997, mon épouse et moi, nous estimons que l'heure est venue de passer la main.

- A vos enfants ?

- Non, pas du tout! Ils ont fait la carrière de leur choix. Mon oncle Jean, lui, avait continué son métier d'horloger et avait envoyé ses fils dans des écoles spécialisées : l'aîné à Cluze, le second à Rennes. Mes enfants ont suivi d'autres voies. Le premier septembre 1997, nous avons vendu la « boutique » à Monsieur Pacory. Nous avions alors écoulé plus de deux millions de montres, peut-être deux millions et demi.

- Vous n'avez pas conservé de chiffre précis ?

- Hélas non.

- Même pas quelques objets?

- Pfft... Si peu de choses ! Quelques montres, quelques papiers. Trois fois rien et (ajoute-t-il en plaisantant) si vous me demandez d'aller farfouiller dans mon grenier, je m'y refuse absolument. Trop fatigant !

- Bon, mais promettez-moi de me laisser photographier les montres et ce que vous détenez encore.

- D'accord. »

Parole tenue ! A mon second passage, un Robert Fontaine tout sourire m'attendait avec une pile de papiers et de prospectus afin de me les prêter. Nous avons sorti d'une boîte quelques montres que je me suis empressé de photographier à la fin de notre entretien.

« Cher Monsieur Fontaine, je crois que nous avons fait le tour de votre carrière. J'en retiens deux éléments assez particuliers : d'abord, bien qu'horloger, vous n'avez jamais fabriqué vous-même la moindre montre.

- Exact. Mais, je vous le répète, nous savions choisir les mouvements que nous souhaitions faire monter et jamais nous n'avons acheté n’importe quoi ! Nous utilisions le plus souvent des mouvements relativement simples, aussi faciles que possible à entretenir et à réparer par les détaillants eux-mêmes. De ce fait, nous avions très peu de retours et un pourcentage de satisfaction élevé. D'où la fidélité de nos acheteurs.

Jamais non plus nous n'avons prétendu être fabricant ! Voyez les en-têtes de notre papier à lettre : il est bien écrit montre Pirofa, « ébauche française », « ébauche suisse », fabriquées à Villiers le Lac.

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- Le second point, c'est que vous avez su prendre le virage du quartz.

- Comme je vous l'ai déjà dit, cette nouveauté nous a tout de suite attirés et nous avons vite compris qu'il fallait s'adapter. Bien sûr, vous le savez, nous avons continué à vendre des montres mécaniques, mais le quartz emportait tout. Il est certain que l'entreprise n'aurait pas survécu sans cette adaptation.

- Ainsi qu' Arvor, votre concurrent local ?

- Oui, peut-être. Je ne sais pas trop... Monsieur Ducoudray a pourtant vendu des montres à quartz, mais trop tard. Plus âgé que nous, il était en fin de carrière.

- Et votre acheteur, Monsieur Pacory, que lui est-il advenu ?

- Lui, c'est autre chose. Il n'avait peut-être pas saisi que dans notre profession le contact direct entre le grossiste que nous étions et les revendeurs auprès de qui nous écoulions notre marchandise était indispensable. Nous, nous visitions régulièrement nos clients et ces visites étaient primordiales.

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- En outre, vous leur laissiez quelques « gadgets » en souvenir ! J'ai trouvé cet outil sur Internet :

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- Nous participions également aux salons locaux et entre deux passages, nous maintenions le contact par courrier :

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- La concurrence était rude et personne ne faisait de cadeau à personne. Je me souviens de Monsieur Pineau, à Niort, de Monsieur Dutrain, à Toulouse et de ses montres Aurore, de Monsieur Plantade, à Toulouse également, qui distribuait Pax, Yéma et Sandoz. Il y avait à Bordeaux les établissements Boullanger, avec les montres Anjax et Comodhor ! Tous des grossistes !

Monsieur Pacory a cessé de démarcher les horlogers dans leurs magasins et a entrepris de les suivre à distance, au téléphone ou je ne sais comment. Cela ne pouvait pas marcher...Il a revendu ce qui restait à céder à Cédric Epenoy à Morteau. Cédric Epenoy a quitté l'entreprise qui porte son nom, mais je crois bien que celle-ci existe toujours. Elle ne vend plus de Pirofa, tout en étant encore propriétaire du nom. Qui sait ? Un jour peut-être.... »



Épilogue.


Nous voici au bout de cette enquête. Pirofa, une marque ? Certes oui, mais surtout une belle saga familiale, où arrière-grands-parents, grands-parents, parents, oncles, tantes, cousins, frères, épouses ont tous eu leur mot à dire dans le domaine de l'horlogerie.

Aujourd'hui, Robert Fontaine et son épouse coulent une paisible retraite dans leur belle maison, entourés de leurs enfants et petits-enfants.

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Ils reçoivent régulièrement la visite de Jeanne, la sœur aînée et celle de leur belle-sœur Marie-France. L'aventure Pirofa et le monde horloger, pour Robert, c'est terminé, au point qu'il ne porte de montre que lorsqu'il part en voyage ; et vous savez quoi ?

« Lorsque je pars en voyage, s'amuse-t-il, j'emmène toujours une montre mécanique et pas à quartz. Parce qu'une mécanique, il suffit de la remonter, alors que si l'on tombe en panne de pile au bout du monde, quoi qu'on fasse, on n'a plus d'heure. »

CQFD.

Et avant de conclure, regardez-donc une grosse bêtise d'un goût plus que douteux proposée sur un site de vente américain sous la mention German Nazi military watch :

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Ainsi les SS portaient des montres Pirofa à une époque où la marque n'existait pas, avec des calibres antichoc, quand ce dispositif n'avait pas été inventé. Il y a vraiment des crétins qui osent tout ! Heureusement, Pirofa n'y est pour rien.

Et Robert Fontaine a pris bien garde à ce que j'écrivais ! La preuve :

Le censeur (que je remercie très vivement) à l’œuvre !
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Le temps s'en va, le temps s'en va, Madame!
Las, le temps non, mais nous, nous en allons...

rocalin
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24/11/15, 22:09

@ capitaine56
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

Merci Capitaine!
Qu'il est agréable de faire sa lecture du soir, moderne, devant l'ordinateur(après j'en ferrais une classique, avec le bruissement du papier et Morphée...) et le nectar choisi...
Je ne compte même pas les verres, la décence m'obligeant a ne pas fixer un ratio mesquin verre/chapitre... Tout a mon empathie méditerranéenne je me délecte d'avance du moment ou votre recueil serra publié... La/les bouteilles y passera/passeront et je ferrais une lecture a haute voix - a la cubaine.
Toujours un plaisir a lire votre prose et au plaisir de vous retrouver!
Kenavo!

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Always look on the bright side of life!

capitaine56

Page d'accueilBretagne,
24/11/15, 23:15

@ rocalin
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

Très cher ami,
Il serait regrettable que, par ma faute, il vous advienne de sombrer dans le plus profond des éthylismes, fut-il bourgeois. Retenez-vous, que diable, et cessez de siroter de la sorte ou, à tout le moins, attendez que je vous rejoigne.;-)

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Le temps s'en va, le temps s'en va, Madame!
Las, le temps non, mais nous, nous en allons...

Canard Sauvage
[image]
Au cœur des Alpes,
24/11/15, 22:16

@ capitaine56
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

:ok: Qui vaut aussi pour le chapitre précédent ;)

---
God save the Triple.

Mnementh
[image]
24/11/15, 23:17

@ capitaine56
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

Eh ! C'est bien sympa ;-)

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Rien ne va jamais de soi...

louiset

24/11/15, 23:46

@ Mnementh
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

» Eh ! C'est bien sympa ;-)
Comme toujours:-)

jmj
[image]
25/11/15, 09:11

@ louiset
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

Merci beaucoup Capitaine pour ces récits qui font découvrir des mondes horlogers méconnus, et pourtant deux millions de montres distribuées ce n'est pas rien, et les hommes qui y ont été associés.
Continue de nous faire rêver et félicitations pour ton style d écriture avec son humour toujours présent
Pour l'anecdote une erreur pour le bourguignon d'origine que je suis le Pouilly Fuissé c'est le mâconnais et la Saône et Loire……mais les deux Pouilly fumé et Fuissé sont excellents et je conseille à Rocalin d'en faire une bonne provision pour la lecture de ton prochain sujet

Stoukboy
[image]
Page d'accueilParis,
25/11/15, 09:23

@ capitaine56
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

Cher Capitaine,

Merci pour ce reportage de grande (manu)facture, c'est toujours un plaisir de vous lire

++

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"Ça n'est pas difficile de passer pour fort, va; le tout est de ne pas se faire pincer en flagrant délit d'ignorance."

Alecsendri

Page d'accueilFranche Comté,
27/11/15, 14:31

@ Stoukboy
 

Naissance et vie d'une marque: Pirofa. Chapitre DEUX

J'adore ces histoires de petites marques qui font la grande histoire de l'horlogerie, et le coté Humain que notre ami sais y mettre.

Ca mériterait un recueil un jour!

Néo
[image]
Entre mon clavier et mon chat.,
27/11/15, 15:33

@ capitaine56
 

Pirofa.

excellent !

Merci pour cette tranche d'histoire...





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Parler à un con, c'est un peu comme se masturber avec une râpe à fromage : beaucoup de souffrance pour peu de résultats.
P. Desproges philosophe du 20e siècle.
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damien colas, Aopa765, LeonDeBayonne
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