Grand Seiko SBGV019A : le meilleur du quartz (Revues & Essais)

posté par gnkt Page d'accueil , 17/04/16, 20:03
(Modifié par gnkt le 17/04/16, 20:14)
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(Special dedication to Tracy, Michael, Nico ;-) Thank you my friends)

Une fois n'est pas coutume, je vais parler de quartz.
Alors âmes sensibles et intégristes de micro-mécanique vous voila prévenus, ce qui suit n'est peut être pas pour vous.

En tant que collectionneur de calibres GS, j'ai toujours su qu'une GS quartz rejoindrait ma petite collection un jour ou l'autre. Ayant un goût immodéré pour les GS Limited Edition, il n'était pas question de jeter mon dévolu sur la première venue. Il fallait juste attendre de croiser l'élue. Et puis en début d'année le déclic s'est produit pour une SBGV019G. Après quelques semaines passées à découvrir la bête, je me suis résolu à partager quelques impressions suite aux demandes de quelques initiés qui étaient au courant.

Mais avant de parler de cette nouvelle GS, je vais situer un peu le décor, histoire de fixer les repères en matière de quartz.

Seiko et le quartz : un peu d'histoire


Les propriétés piezo-électriques du cristal de quartz ont été observées par Pierre Curie dès 1880. Pour faire simple, lorsque le quartz est soumis à une tension électrique il génère des forces mécaniques, et inversement.
Les oscillations du cristal de quartz étant suffisamment régulières pour être utilisées comme base de mesure du temps, ces propriétés ont été utilisées dans le fonctionnement des horloges.

En 1927 Warren Marrison a construit la première horloge à quartz.
Mais cette horloge de la taille de réfrigérateur était bien trop imposante pour pouvoir être réellement utilisée.

Tout le monde sait que l'obsession de la précision fait partie de l'ADN de la marque, depuis l'origine (Seiko-sha = the house of Precision).
Dans sa quête incessante de la précision, Seiko ne pouvait que s'intéresser à l'utilisation du quartz comme composant de régulation, pour les horloges.
En 1959, Suwa constitua un groupe d'ingénieurs pour travailler sur un projet de mouvement à quartz de taille "transportable", c'était le projet 59A.
En 1962 Seiko développait son tout premier chronomètre de marine à quartz. Ce premier specimen pesait près de 30 kilos.
En 1963, une version commerciale améliorée fut crée : le chronomètre QC-951 qui pesait 3 kilos.
Ce chrono fut utilisé en 1964 aux jeux olympiques de Tokyo, pour le chronométrage des courses de longue distance.
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Credit Photo Epson

Pour tout savoir sur le QC-951, un peu de lecture sur le site Epson

La course était lancée pour aboutir à la création d'une montre commerciale à quartz.

Les suisses travaillaient de leur coté au développement d'une montre à quartz, avec le Centre Electronique Horloger (CEH), une entité créée en 1962 tout spécialement dans ce but, et cofinancée par 21 sociétés horlogères suisses (Omega, Rolex, Bulova, IWC, Longines, Patek, Enicar, Rado, Favre-Leuba, Zodiac, Eberhard, Ebel, Juvenia, Doxa, Cyma, Le Coultre & Cie, Elgin, Movado, Zenith, Credos, Ebauches S.A.).
Le prototype du Beta 21, premier mouvement à quartz Suisse (conçu par CEH), a remporté les premières places du fameux concours de chronométrie de Neuchatel de 1968 .. devant les VFA mécaniques de Seiko.
Mais le Beta 21 était assez instable dans le temps, peu résistant, et consommait beaucoup d'énergie.
Pas de quoi en faire un produit commercial.

A l'issue du concours de Neuchatel, exit l'équipe du projet 59A. Une toute nouvelle équipe fut constituée par Suwa, avec l'ordre explicite de Shoji Hattori (le patron de Seiko) de lancer commercialement une montre à quartz dans un délai d'un an.

Les difficultés techniques à résoudre pour élaborer un calibre à quartz portaient sur :
. la miniaturisation (batterie, quartz, circuit intégré)
. la résistance aux chocs (géométrie du quartz) et aux variations de température
. l'efficacité énergétique (longévité de la pile)

En fait les solutions imaginées par les japonais et les suisses étaient assez différentes.
Pour faire la différence, les ingénieurs de Suwa Seikosha ont utilisé :

. un cristal de quartz en forme de diapason
Les barreaux de quartz utilisés à cette époque étaient bien trop imposants (de l'ordre de 50 mm de long) pour pouvoir être utilisés dans une montre bracelet.
Suwa utilisa un quartz avec une découpe une forme en diapason, de dimensions bien plus réduites (4.3mm x 18.5mm sur le calibre 35SQ). Le quartz fut monté sur une suspension à ressorts et placé dans une capsule sous vide, pour minimiser l'effet des chocs et variations de température.
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Credit photo Seiko Museum

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Credit photo Epson

. une fréquence plus élevée
Cette augmentation a permis de réduite la taille du cristal de quartz.
Mais une augmentation de fréquence x2 entrainant un accroissement de consommation x4, la gestion de la consommation a été le problème crucial à résoudre.
L'oscillateur de l'Astron 35SQ de 1969 utilisait une fréquence de 8.192 Hz, qui est passée à 16.384 Hz (x2), puis à 32.768 Hz (x4) sur le calibre 57 en 1973.
Les 9F actuels tournent à 32.768 Hz.

. un moteur pas à pas
L'utilisation d'une trotteuse de type 'seconde morte' a permis de réduire la consommation électrique.

. une électronique hybride, remplacée rapidement par des semi-conducteurs CMOS
L'utilisation de semi-conducteurs CMOS, en 1971, a permis de réduire sensiblement la consommation électrique.

Les bases des mouvements à quartz modernes étaient jetées.

Le 25 décembre 1969, un an après le concours de Neuchatel, Seiko commercialisa l'Astron 35SQ à Tokyo.
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Pour tout savoir surAstron 35SQ

Cette montre, produite à 100 exemplaires, coutait le prix d'une Toyota Corolla de l'époque.
Sa précision annoncée était de +/-5 sec/mois, avec une autonomie de 1 an.
Les 100 exemplaires furent écoulés en une semaine.

Le Beta 21 fut lancé commercialement en 1970, et il fut rapidement abandonné.
Rolex et Omega se sont lancés dans la conception de leur propre mouvement à quartz.
Tout le monde connait la suite.

Depuis l'Astron 35SQ, Seiko n'a cessé de perfectionner les calibres à quartz et d'améliorer leurs performances, jusqu'à aujourd'hui.

Les calibres 9F Grand Seiko


La première Grand Seiko quartz, la 95GS, date de 1988.
Sa précision était déjà donnée pour +/-10 sec/an.

La famille des calibres 9F a vu le jour en 1993, avec le 9F8.
Les 9F représentent le summum des calibres à quartz Seiko, et concentrent tout le savoir faire de la marque.
Le slogan marketing utilisé lors de la sortie du 9F8 ne laissait aucun doute à ce sujet : "quartz that surpasses quartz".

Les 9F intègrent l'ensemble des raffinements techniques imaginés par Seiko pour atteindre le plus haut niveau de qualité :
. Moteur à double impulsion (2 impulsions par seconde), pour obtenir un couple plus important qui permet d'utiliser des aiguilles plus lourdes / plus longues
. Dispositif anti rebonds, afin d'amortir les vibrations à l'extrémité de la grande seconde après chaque impulsion
. Changement de date instantané
. Calibre thermo compensé (540 mesures de température / jour)
. Switch de réglage fin pour l'ajustage de la précision
. Moteur pas à pas encapsulé dans un compartiment scellé

Le moteur étant protégé de la poussière, et le lubrifiant étant isolé de l'air (pour préserver la qualité de l'huile) les 9F ont une longévité exceptionnelle, en dépit des changements de piles qui interviennent tous les 3 ans.
Les 9F sont garantis pendant 50 ans.

Le cristal de quartz est produit en interne, avec moult contrôles destinés à éliminer les pièces présentant des imperfections, vérifier la régularité, et sélectionner les toutes meilleures pièces pour les calibres les plus affutés (9F82, 9R15, 9R96, ...).

Pour ceux qui veulent en savoir davantage, l'ami SJX a rédigé l'Article de Référence qui décrit le process de fabrication des cristaux de quartz et les raffinements intégrés aux 9F.

La SBGV019, le meilleur du quartz par GS


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La SBGV019 est donc une Grand Seiko à quartz, motorisée par le calibre 9F82A (contrairement à ce que laisse penser la photo, c'est juste pour voir si vous suivez :-)), et produite en Edition Limitée à 600 pièces.
Cette montre est la seule GS à quartz dotée d'un dos transparent, qui permet donc d'avoir une vue sur le fameux 9F.

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Comme je cherchais à acquérir une GS quartz vraiment pas comme les autres, c'est la raison principale qui m'a fait passer à l'acte.
Mais je me suis vite rendu compte que cette SBGV019 a d'autres particularités qui la rendent unique, et que je signalerai dans ce qui suit.

Le calibre 9F82A


Parmi les 9F actuellement fabriqués, on trouve :
. 9F83 (day, date)
. 9F82 et 9F62 (date)
. 9F81 et 9F61 (no date)

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Credit Photo Grand Seiko

Le 9F83 est sorti en 1993.
Le 9F62 est sorti en 1997.

A l'origine je recherchais un 9F62. Je pensais que le 9F82 était une version moins pointue, plus économique.
En réalité, les deux calibres sont techniquement identiques. Ils diffèrent par leurs dimensions.
9F8x : 29 mm diamètre
9F6x : 27 mm diamètre

Outre les caractéristiques techniques et leurs performances, les 9F se démarquent par leur esthétique et leur finition très au dessus des autres calibres à quartz.
Le 9F82A de la SBGV019 est une bête de course, il est donné pour +/- 5 sec par an (+/- 10 sec pour les autres 9F).
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Il est très certainement équipé d'un cristal de quartz spécialement sélectionné au sein de la production.
Ce 9F8A est très probablement le meilleur calibre à quartz produit actuellement.
La pile a une autonomie annoncée de 3 ans.

La boite Active Line


La montre est sensiblement moins épaisse que les autres GS mécaniques et Spring Drive.
Les dimensions de la boite sont de 38mm x 9 mm.

Pour moi qui suis habitué aux GS qui ont une certaine présence au poignet, la sensation qui se dégage de cette quartz au porté est assez nouvelle et surprenante. La montre est très confortable.
La boite fait partie de la gamme Active Line, au dessin sportif résolument moderne, avec les épaules de protection de la couronne (non vissée), et les cornes à la courbure prononcée.
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Les différentes surfaces des cornes (perçées) présentent une alternance de traitements poli/brossé.
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J'aime beaucoup le profil de cette boite, qui est très différente des autres GS contemporaines.

Le cadran


Le cadran argenté et soleillé est typiquement GS.
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On retrouve ici les traditionnelles aiguilles dauphines, polies comme des miroirs.
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La grande seconde est bleuie. Elle est évidemment parfaitement alignée avec les marqueurs des minutes.
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En observant le mouvement de cette aiguille à son extrémité, je l'ai trouvé parfaitement amorti.
C'est précis et soft.
En comparaison le 7C46 de la Tuna SBBN013, un autre calibre à quartz à couple élevé (pour mettre en mouvement les lourdes aiguilles de la plongeuse), parait beaucoup plus brutal.

Les index appliqués ont des facettes latérales polies, et des stries sur la face supérieure.
C'est la première fois que je vois des index striés sur une GS à cadran clair, encore une particularité de cette SBGV019.
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Globalement le cadran est très lumineux et les reflets de lumière sur les index polis sont un régal à admirer.
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Au final, cette SBGV019 est un vrai régal.
C'est une GS pas comme les autres, très agréable au poignet, avec sa propre personnalité.
Le 9F82, dont la finition ferait pâlir bien des modèles mécaniques, est intéressant à admirer à travers le dos transparent.
Ce calibre à quartz issu d'une longue lignée, est une sorte d'aboutissement d'une histoire de près de 50 ans.
J'ai remarqué que ceux qui s'intéressent au 9F sont de plus en plus nombreux.
Je ne peux que les encourager à passer à l'acte.

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GS, pour ceux qui savent ...
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